L'histoire moderne en Roussillon



Retour de la monarchie durant du XIXe siècle

Nous sommes en 1815. Le Roussillon est français depuis longtemps et la population, régénérée depuis le traité des Pyrénées se sent parfaitement intégrée à son pays. Mais à cette date correspond le deuxième retour de la monarchie sous la tutelle des bourbons. Or la population est républicaine dans sa grande majorité. La colère monte lentement, surtout dans la plaine, la vallée de la Têt en comparaison de la Cerdagne ou de la Salanque où il semble que les catalans se soient plus accommodés de cette situation.

Louis XVIII puis Charles X parviennent à maîtriser la situation, mais en 1830 la deuxième révolution éclate. Perpignan est le théâtre de nombreuses manifestations. Partout dans les villages les habitants montent au créneau en revendiquant leur désir de revoir la république restaurée. L'opposition légale va se trouver un porte-parole de choix : François Arago, député et futur ministre des armées après 1848. En 1846 des républicains motivés créent un journal quotidien revendicatif : "L'indépendant des Pyrénées-Orientales". Ce journal est toujours le journal phare de la région.

De plus en plus souvent la population se rebelle contre la bourgeoisie et les grands propriétaires terriens. Des grèves éclatent spontanément, des maisons sont attaquées et brûlées. Il est difficile de maintenir l'ordre monarchique. La révolution de 1848 ramène le calme en restaurant la république. Mais le 2 décembre 1851 le président de la république, Louis Napoléon Bonaparte fait un coup d'état. Les républicains sont sévèrement réprimés.

En Catalogne, 350 personnes sont déportées en Guyane ou en Algérie. La population est muselée par la force. En 1852 il se nomme empereur. Il contrôle l'opposition de façon ferme, mais en 1864 il accorde le droit de grève. Peu à peu les catalans s'habituent à ce rythme et accordent leur confiance en leurs députés, qui sont pourtant issus de la bourgeoisie.


Démolition des remparts de Perpignan

Les 3 enceintes médiévales

Comme la plupart des grandes villes françaises, Perpignan disposait toujours au XIXe siècle de ses enceintes fortifiées datant du Moyen-âge . La première, protégeait le coeur initial de la ville, le quartier St Jean et le château comtal. La deuxième, plus large, fut construite au XIIe siècle sous Jacques 1er le Conquérant afin de mieux protéger la ville en expansion. Partant de derrière St Jean le vieux, le rempart était percé d'une première porte, le Portal de l'Axugador. Puis il remontait la rue du bastion St Dominique (Songez que ni la cathédrale ni le Campo Santo n'existaient, puis rue de la Manche et rue Foy pour arriver au portal d'Elne, au niveau de la place Rigaud. De là il repartait vers notre centre ville actuel en longeant la rue de la Fusterie, traversant la place des poilus où se trouvait le portal de Matatoro (il y avait déjà un marché à ce portail), puis poursuivant sa route le long de la rue de la poissonnerie. Au bout de cette rue le rempart arrivait au portal de Mailloles (Pont d'En Vestit).

3<sup>e</sup> enceinte de Perpignan

3e enceinte de Perpignan

Enfin il bifurquait pour suivre la rive droite de la basse jusqu'au Portal del Toro (place Arago, nommé toro car il y avait la fontaine del Toro à proximité), et suivait la basse tout droit jusqu'au Castillet (qui n'existait pas encore), où se trouvait la dernière porte, dite "portal del Vernet" ou de "Notre Dame" (en raison de l'église Notre Dame qui se trouvait à l'extérieur de la ville). Du futur Castillet le rempart partait en ligne droite jusqu'au point de départ, longeant la rue du Castillet.

Enfin un troisième rempart fut construit à partir de 1227 pour englober le palais des rois de Majorque et la partie Ouest de la ville (de nos jours la rue "Rempart Villeneuve" est un témoin de cette construction) Cette troisième enceinte fit office de protection tout au long du Moyen-âge. Ainsi les français ne purent entrer en ville au XVe siècle qu'après un long siège. De même la ville était prête à tenir le même siège face aux espagnols en 1793.


Histoire de la destruction des remparts de Perpignan

Mais à partir du XIXe siècle les progrès de l'artillerie rendirent les murailles en pierre moins utiles. De plus l'ennemi français se trouvait plutôt au Nord du territoire, les relations avec l'Espagne se normalisant.

Le Castillet et ses remparts

Le Castillet et ses remparts

La ville étouffait littéralement entre ces épais murs. La population manquait de plus en plus de place, de plus en plus de perpignanais demandaient leurs destructions. Les 3/5e de la ville était bâti en dehors des remparts, prouvant l'asphyxie de la ville. Mais seule 30% de la population habitait à l'extérieur. L'arrivée du chemin de fer accroissait la population de façon rapide. De plus il faut savoir qu'à cette époque la préservation du patrimoine n'était pas une priorité, elle passait largement après le bien public. C'est la raison pour laquelle toutes les grandes villes ont perdu leurs remparts, à l'exception de Carcassonne qui a eu plus de chance. Mais les remparts de Perpignan n'appartenaient pas à la commune mais à l'armée, qui les considérait encore comme nécessaire à la défense de la ville.

L'histoire de la destruction commence en 1857. Le 1er mai de cette année, la municipalité vote officiellement l'autorisation au maire d'ouvrir les négociations avec l'armée pour le rachat de l'enceinte médiévale. Ces négociations tomberont dans l'impasse pendant de nombreuses années.

35 ans plus tard, le 10 septembre 1892, le "Comité de démolition des remparts" organise une réunion publique afin de rappeler l'urgence de la destruction des remparts. Ce comité est en fait un véritable outil de propagande qui met en place des méthodes et donne des moyens à ceux qui le désire pour exprimer leurs colères. Il devient terriblement efficace et un vent de protestation s'élève, de plus en plus fort. Le 17 juin 1895, soit seulement 3 ans plus tard, la ville de Perpignan propose au Ministère de la Guerre le rachat des remparts pour la somme de 13 millions d'euros. Mais encore une fois les négociations échouent.

La démolition

La démolition

La démolition

La démolition

Le 15 décembre 1903 la ville de Perpignan met la pression sur le ministère de la guerre. La commune signe une convention confiant les travaux de terrassement à la Société Hydro-électrique du Roussillon tenue par un notable de la ville, Edmond Bartissol. Sous la pression, l'état vend finalement les remparts nord à la ville de Perpignan le 20 avril 1904. La muraille à détruire s'étend de la porte Saint Martin à la porte de Canet (actuel boulevard Jean Bourrat) Les travaux commencent dans la foulée, le 16 mai 1904. A la porte de Canet les premiers coups de pioche font sauter les briques et le mortier pendant que de lourds engins de déblaiement entrent en action. Ce chantier est encore timide par rapport aux futurs destructions, mais s'étend peu à peu. En deux ans tout le rempart est à terre.


Sauvegarde du Castillet

Le 27 août 19O4, les ouvriers d'Edmond Bartissol arrivent près du Castillet. Ils reçoivent l'ordre de démolir le bastion du Castillet. A la vue de des ouvriers, une polémique s'enclenche immédiatement : la municipalité n'avait pas cédé ces terrains à la SHER.

Le Castillet

Le Castillet

Le Ministère des Beaux Arts et le Préfet des Pyrénées-Orientales interviennent pour arrêter immédiatement les travaux et étudier l'opportunité de démolir le Castillet et ses bâtiments annexes. Le 4 janvier 1905 l'architecte Boeswilwad (des Monuments Historiques) inspecte les travaux et livre ses conclusions (24 juin 1905) : Il donne l'autorisation de démolir le bastion, les écuries mais pas le Castillet lui-même ni l'ensemble composé de la porte Notre Dame et du bastion polygonal annexe. C'est cette décision qui fait que Perpignan possède toujours ces bâtiments de nos jours...

Comme prévu, les écuries sont démolies le 3 juillet 1905, puis les travaux se poursuivent jusqu'en juin 1906. Le rempart Nord est terre. Le remparts Sud, lui aura un sursis de plus de 20 ans : Il sera à son tour démoli dans les années 30 suite à son rachat par la ville (le 14 juillet 1930) à l'armée. Le but était d'y construire des logements sociaux, ce qui fut fait quelques années plus tard.

La population et l'opposition municipale ne furent pas opposé au principe de démolition, on peu dire qu'il y avait à l'époque un consensus à ce sujet. Les litiges portaient essentiellement sur les modalités de l'entreprise et pas sur l'entreprise elle-même. De nos jours il ne nous reste de cette enceinte que quelques bouts de fortifications. En contrebas du couvent des Minimes, puis tout autour du Palais des rois de Majorque.


Crise viticole de 1907

Si la vigne existait à l'état sauvage depuis des milliers d'années, elle ne fut cultivée qu'à partir de l'époque romaine qui faisait du vin à partir de leurs domaines agricoles importants, essentiellement dans la plaine du Roussillon. Durant le Moyen-âge la viticulture se développa, mais c'est à partir du XIXe siècle qu'elle prit vraiment son essor avec l'arrivée du chemin de fer, ce qui dopa les exportations vers le Nord de la France.

A la fin xu XIXe la vigne était largement répandue en Roussillon, mais bien sûr de façon plus large en Languedoc et en Algérie. La surface des vignes est passée de 115 000 hectares en 1850 à 460 000 en 1900, niveau où il s'est maintenu jusque dans les années 60. (A partir de là, la surface s'est réduite, tombant à 293 000 hectares en 2005)


Origine de la crise

Les problèmes arrivèrent à partir de 1863, année ou apparu pour la première fois un petit parasite de la vigne : le phyloxéra. Il se répendra comme une trainée de poudre et dévasta la vigne locale. Pour le supprimer, une seule solution : Noyer la vigne. Cette méthode, particulièrement difficile à mettre en oeuvre, fut remplacer grace au montpelliérain Emile Planchon qui trouva la parade en greffant des cépages français sur les ceps américains résistant à l'insecte. Mais dégats occasionnés par le phyloxéra encouragea la fraude.

Parmi les techniques, certains n'hésitaient pas à allonger le mout de raisin avec de l'eau, puis ils y ajoutaient du sucre. D'autres faisaient du vin artificiel, à base de jus d'autres fruits. Les vignerons honnêtes tentaient de sur-produire pour s'en sortir et devaient "faire pisser" la vigne, mais ces vins légers devaient être relevés avec des vins plus forts venant d'Algérie. Entre difficultés de maintenir une activité viable pour faire vivre sa famille et fraude avérée, les viticulteurs devenaient de plus en plus anxieux. La crise était proche.


La crise viticole

La crise apparut début 1907 à Baixas. L'année précédente, la récolte fut maigre. En parallèle les cours du vin chutèrent, plongeant les familles de viticulteurs dans des difficultés financières importantes. Ils ne pouvaient donc plus payer l'impôt, pourtant réclamé à de nombreuses reprises par l'état, qui fit intervenir les huissiers. Mais sans argent, impossible de payer. La population de Baixas entra alors en action.

Le 18 février 1907, Marcelin Albert, viticulteur, envoya un télégramme à Georges Clémenceau :

Midi se meurt. Au nom de tous, ouvriers, commerçants, viticulteurs, maris sans espoirs, enfants sans pain, mères prêtes au déshonneur, pitié ! Pitié encore pour nobles défenseurs républicains du midi qui vont s'entre déchirer dans combat sanglant. Preuve fraude est faite. La loi du 28 janvier 1903 la favorise. Abroger cette loi, voilà l'honnêteté. Devoir gouvernement empêcher choc. S'il se produit, les clés ouvriront portes prison, pourront jamais rouvrir portes tombeaux.

Au même moment, Joseph Tarrius, vigneron et pharmacien à Baixas envoi une pétition signée des habitants sous ce texte :

La commune de Baixas, incapable de payer l'impôt, est sous le coup d'expropriation en masse. Il n'est qu'un impôt que nous puissions payer et que nous payons encore : l'impôt du sang.

Le 11 mars, le gouvernement réagi en envoyant une commission d'enquête sur la viticulture, commission travaillant à Narbonne. Marcelin Albert organise alors une marche sur la ville, qui ne réunit que 87 personnes. Cette marche partit d'Argeliers, sa propre ville. Il y eu alors un effet "boule de neige". Le 24 mars, 300 vignerons se réunissent à Sallèles d'Aude, le 31 ils sont 600 à Bize. Peu à peu, la foule s'agrandit (5000 personnes le 14 avril à Coursan, 15000 à Capestang, dans l'Hérault, le 21) C'est ce jour là que parrait le 1er numéro du "Tocsin", un journal fait par Albert à Argeliers.

La crise viticole

La crise viticole

Le 28 avril, 25000 personnes se retrouvent à Lézignan. Marcelin Albert devient le fer de lance de la protestation, il lit les discours, s'enflamme à chaque intervention. On le surnomme "Lou Cigal", "Le rédempteur", "l'apôtre des gueux". Le 5 mai, c'est une foule gigantesque qui se réunit à Narbonne. Le 12 mai, ils sont 150 000 à Béziers. Le maire de Narbonne, Ferroul, plutôt réticent face aux manifestations, finit par s'y rallier. Il interpelle le gouvernement : "Si à la date du 10 juin le gouvernement n'a pas prit les dispositions nécessaires pour provoquer un relèvement des cours, la grève de l'impôt sera proclamée." Marcelin Albert pense que cet ultimatum n'est pas une bonne initiative et l'histoire lui donne raison car le gouvernement tient bon.

Le 19 mai, 180 000 personnes défilent à Perpignan, 200 000 à Carcasonne le 26 mai. Le 2 juin 300 000 personnes défilent à Nîmes. Le 9 juin, à Montpellier converge une foule immense, tout le Languedoc-Roussillon est là. Il semble que 600 000 à 800 000 personnes se soient amassées dans la ville, ce qui marque l'apogée de la contestation. Dans le discours de Ferroul, maire de Narbonne, il annonce qu'il renonce à son titre de maire. Cette décision entraîne une vague de démissions des élus locaux (442 municipalités démissionnent). Le 10 juin, les préfectures sont assaillies par les démissions, Clémenceau les refusant individuellement.

Le conflit se durcit le 15 juin, avec l'imminence de l'arrestation de Ferroul et d'Albert. Conscient du danger pour la suite de leur mouvement, la population vient en masse protéger ses leaders, mais le 19 ils sont tout de même tous arrêtés, sauf Albert qui s'est réfugié entre-temps dans le clocher de son village. L'arrestation de Ferroul fait des dégâts à Narbonne, suite à une révolte violente : le sang coule, quelques habitants y laissent la vie. A Perpignan, la préfecture est mise à sac.


La sortie de crise... et les crises suivantes

Le gouvernement réagit enfin. Prenant acte de l'ampleur des difficultés du Sud de la France, le gouvernement fait adopter une loi le 29 juin 1907 protégeant les viticulteurs. Celle-ci interdit le mouillage du mout et l'abus de sucre, qui sont les caractéristiques de la fraude. Elle impose aussi une déclaration de récolte, règlemente le sucrage et reconnaît le droit aux syndicats de propriétaires de se porter partie civile pour la répression des fraudes. Elle sera complétée le 15 juillet par une autre, sur la circulation des vins et alcools, qui est toujours en vigueur aujourd'hui. A propos de syndicat, le premier syndicat de vignerons est créé dans la foulée, il a à sa tête un baixanenc, Eugène Tixère.

Malheureusement cette loi résolvait un problème typiquement français, et si l'Algérie l'était à cette époque une nouvelle crise se profila en 1930 à cause des vins de ce département. Une autre crise apparut en 1957, dû cette fois-ci au vins italiens. Nouvelle crise en 1976, avec un acte fort du ministre Bonnet qui traite les vins du Sud de la France de "Bibine". Si ce mot n'apporta pas la popularité que souhaitait le ministre dans le Sud de la France, il fut le point de départ du d'un phénomène qui arrive à son aboutissement de nos jours, à savoir l'élaboration de vins suivant le critère qualitatif.

La dernière crise en date est celle de 1999, peut-être la plus difficile car il s'agit d'une crise mondiale. Les français ont depuis longtemps une organisation basée sur le territoire, l'AOC. Les anglo-saxons, eux, se base sur le cépage. Or dans le monde, les anglo-saxons sont plus nombreux, et les deux concepts se heurtent, avec en France des personnes qui préfèrent faire de la qualité AOC, et d'autres de la qualité cépage. Les premiers ont plus de mal à écouler son stock.


La Retirada

La Retirada, ça signifie "Retraite" en espagnol. Ce terme n'est pas assez dur pour désigner ce qu'ont endurer les personnes concernés par l'histoire qui va suivre...

Nous sommes en 1938, à la veille de la seconde guerre mondiale. En Espagne, le dictateur Franco obtient des pouvoirs accrus. Ses alliances avec Hitler constituent une menace pour la France, la population espagnole est inquiète pour ses libertés. Le début de l'année 1939 va tout provoquer.

En deux semaines seulement, 100 000 réfugiés vont passer le col d'Arès, à Prats de Mollo. Tous les points de passage sont concernés. Le col du Perthus, la route de Cerbère voient passer les foules.


Les évènements

C'est par le col d'Arès que les premiers réfugiés arrivent, le 27 janvier 1939, en France. Arrêté à Prats de Mollo, ils s'installeront comme ils pourront dans la ville. Le lendemain le mouvement s'accélère au point d'inquiéter les autorités. L'école primaire est réquisitionné mais il manque rapidement de la place pour les loger. Par crainte de débordement, les autorités envoient en nombre des gardes mobiles et des tirailleurs sénégalais. Dès le 29 des convois partent en direction du camp de triage du Boulou.

Le 31 janvier le ministre de l'intérieur se rend à Prats-de-Mollo pour assister à cet exode humanitaire. Pour accueillir ces réfugiés on construit quatre camps de concentration dans la vallée du Tech. Les abris sont construits en branches, feuilles, tout ce qui peut servir est récupéré. Les arbres environnants les camps sont abattus pour faire du bois de chauffage. Pour contrer le froid on en vient à brûler le matériel scolaire et les crosses des armes à feu. Il faut acheminer en urgence 30 tonnes de nourriture par jour pour faire survivre cette marée humaine.

Le 13 février la frontière est officiellement fermée, gardée par les soldats de Franco. 35000 réfugiés sont toujours internés dans les camps de Prats-de-Mollo, bien d'autres le sont dans les autres camps du département. La nouvelle vague de froid qui s'abat sur la vallée pousse les autorités locales à ouvrir tous les lieux publics, les églises, les écoles, et fait réquisitionner les granges, les appartements, les garages, etc. Les camps seront définitivement fermés fin mars, mais cet hiver fut considéré comme un calvaire par ses espagnols fuyant Franco.

Dans le même temps Cerbère voit arriver une masse considérable d'espagnols. Franchissant la frontière, ils furent internés de la même manière dans des camps créés de toutes pièces sur la plage d'Argelès-sur-mer. Si le froid ne les a pas autant touché que leurs compatriotes laissés à Prats-de-Mollo, ils durent toutefois subir les affres des épidémies. 250 000 réfugiés passeront par ce camps d'Argelès durant l'hiver 1939. Rien qu'au mois de mars 1939, c'est pas moins de 77000 qui furent internés à Argelès. Un autre camp fut ouvert à St Cyprien, il accueillit 90000 personnes.

A St Laurent de Cerdans, autre lieu de passage, 70 000 réfugiés arrivent au village. 5000 ont pu être logé sur place, en particulier dans une fabrique de sandales transformées en dortoir. Au total, en quinze jours seulement, c'est plus de 450 000 personnes qui arrivent dans le département. Afin de canaliser le flot de républicains, les autorités les firent donc passer de camps de concentration locaux (Prats, Argelès) dans des camps plus vastes, dans la plaine : le Camp Joffre, qui connaîtra les premières parties sombres de son histoire.


De nos jours...

De nos jours, soit plus de 60 ans après, une grande partie de ces familles sont toujours installées dans la région. Leurs enfants ont grandi et sont devenus français. Quel catalan n'a pas un ami nommé Sanchez, Garcia ou Lopez ? Le Camp Joffre est en grande partie en ruine. Depuis peu, il est transformé en lieu de souvenir. La plage d'Argelès-sur-mer possède un monument commémoratif dédié aux réfugiés espagnols.


La guerre de 1939-45

Le commencement de la deuxième guerre mondiale vu de Perpignan n'a pas été aussi intense que dans d'autres régions de France. Les principaux motifs d'inquiétude portaient surtout sur l'appel sous les drapeaux de nombreux hommes des villages. Certains de ces villages étant déjà pas mal dépeuplés ou en voie d'extinction, la mobilisation générale a précipité leur abandon : C'est le cas de Périllos ou de Cômes.

De plus le département était toujours en train de traiter les réfugiés espagnols fuyant le franquisme dans leur pays : les camps de réfugiés construits en urgence venaient tout juste de se vider, une grande partie des réfugiés étaient toujours au camp de Rivesaltes.

Durant la première partie de la guerre, mis à part les mouvements de troupes, c'est dans les airs que se voyait l'état de guerre. En effet la 114e bomber squadron de la Royal Air Force arrive sur la base de Perpignan durant l'hiver 1940. Mais face à l'avancée allemande, celle-ci est obligée de repartir à sa base d'attache, Vraux (près de Reims) le 10 mai 1940.


L'arrivée des allemands

Tout se précipite le 12 novembre 1942. Ce jour là les allemands envahissent la zone libre et arrivent à Perpignan. Et c'est justement l'aéroport qui sera tout d'abord investi. Son commandement est prit en charge par un détachement de la Luftwaffe. Une protection anti-aérienne est installée dont le centre névralgique est un bunker construit pour l'occasion dans l'axe de la piste, sur la colline de Peyrestortes. Ce bunker existe toujours. Par ailleurs les allemands investissent le littoral. Ils y créent une barrière de fortifications afin d'empêcher tout débarquement, le "Mittelmeerkustenfront", que l'on retrouve sur toute la côte méditerranéenne.

Bunker à Torreilles-Plage

Bunker à Torreilles-Plage

De nombreuses casemates sont construites, des blaukhaus d'artillerie, des galeries souterraines ou d'encuvement. Les bunkers de Torreilles-Plage témoignent encore de nos jours de ce passé relativement proche.

Le cap Béar, à Port-Vendres, est particulièrement surveillé. Ses constructions existent toujours de nos jours. Il faut dire que 2500 soldats y étaient casernés, ce qui nécessitaient de gros travaux. A Torreilles, les blaukhaus se font équiper de lances-flammes automatiques. Les constructions furent faites pour 2/3 par les français et 1/3 par les allemands. Des espagnols vinrent même leur prêter main-forte.

En 1944 10000 soldats allemands étaient postés dans le département. Entre 1943 et 1944, 9000 hectares de terrain avaient été été minés. Début 1944, face à l'imminence d'un débarquement les allemands demandent à ce que les habitants de Collioure évacuent la ville. Le 2 février 1944 la préfecture des PO demande l'évacuation du littoral sur une largeur de 15 Kms. De nombreux villages sont vidés. Le 14 elle instaure une "zone réservée" le long du littoral, dispositif renforcé plus tard par les allemands.

Le 19 août 1944 les allemands dynamitent la plupart des installations en se retirant devant l'avancé des troupes venus du débarquement en Provence. A Perpignan la réserve de munitions est détruite, et avec elle le bâtiment qui servait d'entrepôt : l'ancien couvent des Carmes, dont il ne reste aujourd'hui que les murs. A Port-Vendres c'est le dépôt de mines marines qui est détruit. Heureusement pour la ville, toutes n'explosèrent pas. Si ça avait été le cas, elle n'existerait peut-être plus. Dans cette même ville les allemands couvrirent leurs arrières en faisait sauter les quais de façon à compliquer les futurs débarquements alliées.


La libération de Perpignan

Nous sommes fin août 1944. Les allemands, aidés par les miliciens français, sont concentrés au cœur de la ville et dans les bâtiments officiels. Les maquisards, venus de toute la région, convergent vers Perpignan.

La prise de Perpignan, et par la suite de toute la région, commença au maquis de Sournia, au dessus de Rabouillet. Il est également parfois appelé "Maquis de Sansa". C'est dans cette zone que s'étaient réunis les résistants locaux, qui voyaient s'approcher le moment d'intervenir. Au début du mois d'août 1944 ils s'étaient fait parachuter des armes dans le maquis, qui équipèrent 150 hommes. Ce groupe reçu l'ordre de marcher sur Perpignan le 18 aout 1944. L'insurrection avait déjà commencée à Perpignan, rue Mailly. Vers 15h30, les 150 hommes arrivèrent à Ille-sur-Tet où on leur apprend que les allemands sont partis vers la mer par Rivesaltes. En fin de soirée, vers 18 heures, la colonne arrive aux portes de Perpignan. Ils savent que 1500 allemands stationnent à Elne. L'objectif des hommes du maquis de Rabouillet est le site des Variétés, qu'ils doivent prendre.

Séparés en 3 groupes, ils lancèrent les hostilités et combattirent une partie de la nuit contre les allemands qui tentaient de prendre la fuite. Au pied du Castillet, un camion allemand prend feu, des hommes sont tués. Le matin, le major allemand Parthay est fait prisonnier avec 5 hommes en arme, marquant la fin de l'occupation allemande.

Perpignan est définitivement libéré le 18 août 1944.


La résistance catalane et le maquis Henri Barbusse

Titre de gloire ephémère, la résistance catalane s'est unifiée assez tôt. Dès 1941, l'institueur René Horte et Abdon Casso, tout deux de Valmanya, avaient mis sur pied un réseau pour faire passer des belges en Espagne. Mais l'implication grandissante de la population du village fit naître des doutes chez les occupants, qui finirent par démanteler le réseau, provoquant des déportations importantes dans la population.

Pourtant en juillet 1944, le maquis "Henri Barbusse" s'installe sur le site minier abandonné de La Pinosa, en montagne, à partir duquel les membres lancèrent une opération sur la ville de Prades dans le but à la fois de déstabiliser les allemands mais aussi d'obtenir des fonds pour poursuivre la lutte.

Le site minier de la Pinosa

Le site minier de la Pinosa

En représaille les allemands décidèrent de faire de Valmanya un exemple, afin de marquer les esprits pour tous ceux qui seraient intéressés par rejoindre la résistance. Une colonne de blindés allemands prit la route pour détruire le village et massacrer les habitants, mais les membres du maquis purent freiner leur progression, permettant à la population de fuir. Seuls quatre personnes furent prises sur place : Emitièro Barrena, Pierre Baux, José Gimeno et Jacques Romeux, qui furent tués. Le village fut ensuite incendié.

Puis les allemands poursuivirent les membres du maquis jusqu'à La Pinosa où le chef du maquis, Julien Panchot fut blessé. Ainsi diminué, il fut capturé, puis torturé pendant 3 jours avant de mourir. Pendant l'assaut, trois autres maquisarts furent eux aussi tués. Pour cet évènement Valmanya a reçu la croix de guerre. La citation qui l'accompagne termine ainsi :

Durement meurtri dans sa chair comme dans ses pierres le village de Valmanya restera un exemple admirable et douloureux de l'inébranlable fidélité à une patrie dont il a bien mérité.

Il est également impossible de parler de résistance catalane sans évoquer l'histoire de Louis Torcatis, originaire de Pia, dont une biographie est disponible sur ce site.


Ainsi s'achève l'histoire du Roussillon, qui commença au moment de la formation géologique de la plaine du même nom et se termine sur les flancs du Canigou, en plein maquis.



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