Histoire
L'histoire de cette paroisse commence en 881. À cette date, Charlemagne reconnaît à Siniefred, abbé d'Arles (sur Tech), la possession de la "Cella de Cotso". À cette époque reculée, les territoires venaient tout juste d'être reconquis sur les Sarrasins. Les soldats ayant précédé les moines, on vit la région se couvrir d'abbayes, d'églises et de chapelles éparpillées partout : au fond des vallées, sur les pics, dans la plaine, au milieu des forêts, tout cela dans l'idée de former une assise religieuse pour la population.
C'est dans cet esprit qu'une minuscule chapelle consacrée à Ste Marie fut construite, à laquelle on adjoignit un bâtiment destiné à servir de lieu de repos pour les pèlerins. En effet, descendant de la vallée de la Têt, puis de Baillestavy, Valmanya et le col de Tournère, les pèlerins avaient pour habitude de descendre sur St Guillem, puis Ste Marie, avant de poursuivre de l'autre côté de la vallée vers Notre Dame du Coral, puis Ste Marguerite d'Arès, pour continuer leur périple en Espagne vers St Jacques de Compostelle.
Au XIIe siècle, la situation de la région se calma. Les guerres s'arrêtèrent un temps et la population grandit. Il fallut alors agrandir Ste Marie pour accueillir la nouvelle population. Une autre chapelle fut construite, plus vaste. Pour avoir une idée de la taille de la première chapelle, il faut savoir qu'elle servit d'abside à la deuxième. La consécration de la nouvelle chapelle eut lieu le 12 des calendes de novembre 1158, à la demande de l'abbé Raymond du monastère d'Arles. C'est à cette date que la paroisse changea de sainte patronne, passant de Ste Marie à Ste Cécile.
Les habitants de la paroisse étaient placés, comme tous les autres villages, sous la protection d'un religieux pour le spirituel (le curé) et d'un laïc pour le temporel (le seigneur). Ste Cécile avait la particularité d'avoir la même personne, le curé, pour remplir les deux fonctions. Or, le curé rendait compte à l'abbaye d'Arles, ce qui la rendait véritable seigneur de Ste Cécile. Tant que cette situation perdura, le village se développa. Nous verrons plus loin que la séparation des pouvoirs déclencha la chute du village. Toujours est-il que l'abbé put imposer que le curé ne soit pas placé sous l'autorité du battle.
Lors de la consécration de la chapelle, l'abbé donna au curé le bâtiment des pèlerins pour qu'il devienne le presbytère. Tout contre le sanctuaire se trouvait l'ancien cimetière, aujourd'hui entièrement disparu. Il fallut également délimiter la paroisse. L'abbé choisit de le faire sur les limites suivantes :
- à l'Est, la serre des Maures,
- au Sud, le Tech,
- à l'Ouest, le ravin de Picerolas,
- au Nord, l'arrière de la tour de Cos.
Dans ce périmètre se trouvaient la rue d'Amont, le village proprement dit, et les métairies de "La Font", du "Puig Rodon", de "Cos" et de "Manyacas". La rue d'Amont était assez longue et s'étirait le long de la route nommée "royale" en 1684. Tout au bout se trouvait une clouterie dont le fer était fourni par les nombreuses forges des alentours. Un document de 1603 nous apprend qu'il y avait trois maîtres de forges (Ginesta, Palastraga et Ribéra), mais aussi deux forgeurs, un tisserand de lin et un tailleur de pierres. Un autre document de 1678 constate qu'il ne restait plus que Ginesta comme maître de forge. Cette famille possédait la majorité des forges du haut-Vallespir et habitait au milieu de la rue. Parmi les autres métiers, il restait quatre forgeurs, deux muliers, six brassiers et un meunier à farine.
Au fil du temps, les métairies changèrent de propriétaire relativement souvent à cause des charges énormes qui pesaient sur elles. Les abbés d'Arles maintenaient ces charges, préférant voir les propriétés s'échanger plutôt que de perdre des revenus dont ils avaient besoin. Ces charges atteignirent leur apogée sous la propriété de la famille Trescases.
Cette famille parvint à faire comprendre aux abbés les méfaits de leur politique. Les abbés décidèrent donc de les réduire, ce qui permit à la famille Trescases, à la fin du XVIe siècle, d'acheter les autres métairies. Au milieu du XVIIe siècle, Jean-Pierre Trescases possédait non seulement toutes les métairies, mais aussi la moitié de la rue du village. La fonction de battle se transmettait de père en fils, ils étaient les vrais seigneurs de Ste Cécile. Le problème était qu'à chaque génération, il fallait dédommager les fils cadets, car l'aîné prenait la succession du père. Le patrimoine familial commença à se désagréger lentement.
À la fin du XVIIe siècle, l'abbaye d'Arles ne possédait sur Ste Cécile qu'un simple bénéfice, le village étant maintenu par Jean-Pierre Trescases sur demande de l'abbé. En 1716, son fils Jacques devint le nouveau battle. Il réussit à convaincre les derniers habitants de se joindre à ceux d'Arles afin de ne former qu'une seule paroisse et, surtout, de bénéficier des mêmes avantages que les habitants d'Arles.
Puis vint la Révolution française. Le battle de Ste Cécile était Michel Trescases. Ce dernier demanda au directoire des Pyrénées-Orientales d'affranchir Ste Cécile de la tutelle de l'abbaye d'Arles, ce qui fut accordé. Mais le directoire jugea le village trop petit pour former une commune et le rattacha à Arles, tout comme la vallée de la Coumelade et le village du Tech. Michel fut le dernier battle de Ste Cécile. Il mourut en 1799 et fut enterré à côté de ses pères, dans la chapelle de la paroisse, où ses restes ont été découverts récemment, puis recouverts pour l'éternité.
Le début du XIXe siècle marqua la fin de la paroisse. Des Espagnols rebelles envahirent le haut-Vallespir et commirent de nombreux méfaits, parmi lesquels l'incendie de Ste Cécile, qui ne devait plus jamais être un lieu de culte. La chapelle tomba en ruine jusque dans les années 1980, où un groupe de bénévoles, dont M. Ponsich, célèbre historien catalan, remit en état ce qui pouvait encore être sauvé.
Cette chapelle est aujourd'hui une propriété privée.